Hadhra à Carthage

Triomphe de la « Hadhra » de Fadhel Jaziri, jeudi 18 août, annoncée sold out depuis quelques jours. Un spectacle resplendissant en couleur et lumière a été présenté dans le cadre de la 56ème édition du festival de Carthage. 30 ans séparent la première « Hadhra » à celle de Carthage 2022. Trois générations se sont succédé sur les scènes de théâtre et des centaines de représentations. Le public ne s’en lasse jamais. Il connait les chants soufis des confréries sur les bouts des doigts qu’il ne cesse de répéter tout au long du spectacle.
22h00 tapante, la scène s’allume, des femmes en safsari (voile) blanc se répandent sur la scène, les musiciens se mettent en place, puis le chœur et les chanteurs regagnent leur place. Snajeq (étendards) et bkhour (encens) éléments essentiels du spectacle mystique rehaussent le plateau organisé sous forme de cercles. En avant plan de la scène les danseurs tout de blanc vêtu et assis en tailleurs à l’instar des radeda (chorale) sont face aux gradins archicombles. Le chœur est habillé de bden (habit traditionnel) blanc et de chéchia rouge rappelant les couleurs du drapeau tunisien. Tandis que les chanteurs, assis en première ligne, portent des jebbas de différentes couleurs dont la plus dominante est le rouge cramoisi.
Sous la conduite de Samir Ressaissi, « Hadhra » démarre avec une introduction musicale où les instruments comme le bendir, la tabla se croisent avec le saxo, le piano, le violon, la guitare et la batterie puis l’ensemble entonne la Fatiha suivi d’un Douaâ interprété par le guide Ressaissi et la chorale. Le public est aux anges. Les you you fusent de partout. 27 chants en tout pour plus de deux heures de spectacle. Des morceaux de la première « Hadhra » comme « Khouti », « Ellil Zahi », « Khamar ya Khamar », « Chedly », « El Bourda », « Jaylali », « Rayess Labhar », « Ellila lila », « Jad el Hassanine », « Esanaâ », « Fares Baghdad » sont chantés soit par la chorale, soit en solo par des chanteurs : Amna Jaziri, Haythem Hadhiri, Yahiya Jaziri et d’autres. Certains chants ont été abandonnés comme « El Fougra » et « Ben M’rad » et remplacés par de nouveaux morceaux comme « Abdessalem Tkalem », « Intoum ya Sada », « ya min Houwa Acheq Maâchouq » etc.
La fusion entre instruments orientaux et occidentaux offre des sonorités modernes un peu rock, un peu jazzy qui participent à l’évolution d’un patrimoine musical longtemps relégué aux confréries et lui donne plus de relief. Au niveau du chant, la polyphonie utilisée est inspirée des chants grégoriens et met en valeur un héritage ancestral que Fadhel Jaziri, aux commandes depuis sa création a dépoussiéré. La présence de chanteurs d’opéra tels que Haythem Lahdhiri et Amna Jaziri contribue à donner de nouvelles couleurs au spectacle.
Outre le chant qui consiste en des louanges au créateur Dieu, la danse est présente avec force. Des chorégraphies inspirées des transes, des danses bédouines ou de danse contemporaine procurent des tonalités nouvelles et agréables. Les costumes, créations originales pour le spectacle, sont innovants et beaux. En somme, « Hadhra » 2022 est un spectacle visuel gai et joyeux, un festival de couleurs, de senteurs et de musique authentique qui a mis en transe le et apporté du bonheur au public de Carthage qui a ovationné à l’infini la prestation.

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