Directeur Général de l’Etablissement National de la Promotion des Festivals & des Manifestations culturelles et Artistiques

M.Chaker Chikhi

La 54ème édition du Festival International de Carthage se tient dans un contexte économique difficile, incitant certains à poser la question suivante : « Quel est l’intérêt d’organiser des festivals  dans une telle situation ? ». Les partisans de cette thèse qui semble de prime abord défendable, vont jusqu’à soutenir l’idée selon laquelle les fonds alloués aux festivals et manifestations culturelles devraient être investis  dans des projets de développement à rentabilité immédiate à l’instar de la construction de routes, de pistes agricoles, l’extension du réseau d’éclairage public, etc. Or, le rôle conféré à la culture et aux manifestations culturelles  dans le progrès et l’évolution des sociétés en tant qu’outils majeurs du développement intégral suffit à démontrer que la culture ne se limite pas au divertissement et au farniente comme certains cherchent à le faire croire. C’est pourquoi il devient impératif de revoir notre  discours relatif à cette question afin de présenter les réponses idoines en proposant nos meilleures approches à ce sujet.

Le soutien au Festival International de Carthage et aux manifestations culturelles similaires découle d’un engagement constant de l’Etat et  du Ministère des Affaires Culturelles qui en ont fait un pari de civilisation que la Tunisie s’attache à concrétiser depuis l’Indépendance et l’édification de l’Etat moderne. Il s’agit d’un choix de principe que les difficultés conjoncturelles  des finances publiques ne peuvent en aucun cas affecter. Bien au contraire, le Ministère des Affaires culturelles a même créé tout récemment, de nouvelles manifestations culturelles dans plusieurs domaines dont la poésie, l’art contemporain, les arts plastiques et dont la toute dernière a pour vocation de  célébrer la création des Tunisiens à l’étranger, ce qui consacre la culture en tant que droit fondamental qui profite à tous les Tunisiens sans exclusive aucune.

Le Ministère des Affaires culturelles  a par ailleurs choisi d’œuvrer en faveur de l’indépendance de toute action culturelle favorisant ainsi l’autonomie des festivals sur le plan de la programmation et l’encouragement de toutes les expressions artistiques notamment celles qui ont été marginalisées dans le passé pour des raisons d’élitisme aujourd’hui désuet. Cette démarche a favorisé l’émergence de mouvements culturels novateurs voire avant-gardistes créant dans leur sillage une effervescence et un engouement des jeunes qui ont fini par  se réconcilier avec les espaces culturels et les grandes manifestations culturelles dont les festivals s’inscrivent en tête. Et c’est bien cette même effervescence qui a encouragé les promoteurs à investir dans la culture devenue un secteur rentable.

En partant de ce prisme, il ne fait aucun doute que la culture n’est plus l’affaire de l’Etat seul mais une responsabilité partagée, sur la base d’un partenariat stratégique entre le public et le privé avec la participation de la société civile. A cet égard, l’expérience du Festival International de Carthage est exemplaire en matière  de collaboration entre festivals et entités économiques sur la base du principe de l’intérêt mutuel.

Grace à la notoriété dont il jouit sur le plan national et international, aux multiples espaces qu’il propose, dont la scène du théâtre romain de Carthage, Mad’art Carthage, les réseaux sociaux, les différents médias tunisiens et étrangers : TV ; Radio presse écrite et presse électronique  et son contenu ciblant toutes les catégories de public, le Festival International de Carthage constitue sans nul doute une plateforme efficace assurant la promotion et la meilleure visibilité des marques et labels partenaires.

Le soutien financier apporté au Festival International de Carthage devient par conséquent une opération de bonne gestion et de bonne gouvernance pour l’entreprise partenaire loin de tout amalgame caritatif. Pour le festival, ce partenariat constitue une opportunité de mobilisation de ressources financières lui permettant de valoriser son contenu conformément à ses objectifs stratégiques et promouvoir davantage sa notoriété.

Notre pari est fondé sur un  double objectif : la réussite de l’entreprise économique nationale et le succès du festival. Nous sommes convaincus que nos partenaires historiques s’engageront avec nous dans cette même voie, avec l’enthousiasme coutumier afin de poursuivre cet élan de partenariat et de collaboration avec l’espoir de voir de nouvelles entreprises s’inscrire dans  notre démarche. Rien n’est jamais assez pour notre Tunisie.